Pourquoi Madjer est-il le sélectionneur le plus critiqué de l’EN?

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La victoire de l’Équipe nationale face à la Tanzanie en amical, sur un score lourd de surcroît, n’a pas été suffisante pour faire taire les détracteurs de l’actuel staff de l’équipe

Jamais un sélectionneur n’a été contesté comme l’est Rabah Madjer depuis qu’il a remplacé au pied levé l’Espagnol Lucas Alcaraz en octobre dernier. Dès sa nomination, les réseaux sociaux et les plateaux de télévision se sont enflammés pour prédire presque unanimement le pire pour les Verts sous la conduite de celui qui est pourtant considéré comme l’un des meilleurs joueurs algériens de tous les temps.

L’équipe a joué jusque-là quatre matchs, tous gagnés (dont un sur tapis vert), marque beaucoup de buts, en encaisse très peu, mais à chaque fois, la tête du sélectionneur est réclamée, ses choix tactiques et de joueurs contestés.

Ceux qui tablaient sur un apaisement au bout de quelques mois doivent vite déchanter et se rendre à l’évidence : il faudra des exploits que personne n’a réalisés jusque-là pour que Madjer se soit enfin accepté par le public de son pays.

Or, cela semble mal parti : la barre est placée trop haut depuis que l’équipe nationale a joué un deuxième tour de Mondial pour la première fois de son histoire, en 2014 au Brésil, sous les ordres de Vahid Halilhodzic. Sur le plan du jeu, il n’est pas facile de faire mieux que le Français Christian Gourcuff.

Le public et la presse grondent même lorsque les résultats sont là. C’est sans doute intenable comme posture et il faut plus que des nerfs d’acier pour ne pas flancher. Ce qui semble faire cruellement défaut au coach national.

On se souvient, bien avant son fameux « taisez-vous » lancé à l’adresse du journaliste Maâmar Djabour, Madjer s’était distingué par le passé par des coups de gueule mémorables, au moment où rien ne semblait l’y contraindre, comme lorsqu’il froissera son contrat de sélectionneur en direct sur le plateau de l’émission de Hafid Derradji sur l’ENTV. C’était en 2002 et quinze ans après, Madjer ne semble pas avoir appris à accepter la critique.

Et cela tombe plutôt mal car l’homme à la talonnade n’est pas le meilleur technicien au monde, n’a rien prouvé jusque-là en tant qu’entraîneur, est resté loin des terrains pendant assez longtemps et, surtout, a été nommé dans des circonstances propices à toutes les conjectures. Cela ne signifie nullement qu’il n’a pas le profil ou que l’équipe nationale n’a aucune chance de gagner la prochaine Coupe d’Afrique sous ses ordres ou de se qualifier pour la Coupe du monde 2022. Madjer peut bien réussir ou échouer, et c’est dans l’ordre des choses qu’il soit critiqué, ses choix contestés.

D’autant plus que les gens n’ont pas la mémoire courte et se souviennent parfaitement de ses diatribes à l’encontre de tous les sélectionneurs en poste lorsqu’il officiait comme consultant télé. La plus mémorable, c’est celle où il s’élevait contre la nomination à la tête de Verts du Serbe Milovan Rajevac, « un entraîneur qui n’a pas exercé pendant cinq ans ».

Aussi, et contrairement aux autres joueurs de sa génération, Madjer a eu sa chance plutôt deux fois qu’une, en 1994 puis en 2001, et le moins que l’on puisse dire, c’est que personne ne garde des souvenirs impérissables de ses deux passages.

Depuis, il n’a pas cessé de réclamer une troisième chance et maintenant qu’il l’a obtenue, il veut que tout le monde applaudisse et accepte ses choix sans souffler mot, même lorsqu’il décide de rappeler Faouzi Chaouchi, un gardien qui ne jouait pas dans son club et qui traîne une sulfureuse réputation. C’est sans doute trop demander, même pour un joueur de classe mondiale.

Les Argentins n’ont pas fait de cadeau au grand Diego Maradona et les Brésiliens n’ont même pas songé à confier la Seleçao au légendaire Pelé. Avoir été un grand joueur n’est pas un gage de réussite comme entraîneur ou sélectionneur. Qu’on fait les Hagi avec la Roumanie, Stoïchkov avec la Bulgarie, Platini avec la France, Gullit avec les Pays-Bas ? Presque rien et Madjer devrait l’avoir en tête et admettre que son passé ne l’immunise pas contre la critique.

Surtout que le public algérien a bien d’autres raisons de contester sa nomination. Son retour aux affaires est en effet perçu comme une manière pour la nouvelle équipe de la FAF de régler ses comptes avec l’ancien président Mohamed Raouraoua et, plus grave encore, Kheireddine Zetchi ne serait pas lui-même un fan de Madjer et que s’il l’a choisi, c’est parce qu’on lui a « forcé la main ».

Toutes ces conjectures, il appartenait aux dirigeants de la FAF de les dissiper par une communication à la hauteur. Mais cela n’a pas été fait, faute sans doute d’une maîtrise de ce segment au niveau de la fédération à laquelle incombe l’entière responsabilité de la situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui le sélectionneur et l’équipe nationale.

Depuis sa nomination, Madjer multiplie les maladresses et son employeur le regarde s’enfoncer chaque jour davantage, cédant à tous ses caprices, dont le dernier en date est ce boycott inexpliqué de la presse à l’issue du match face à la Tanzanie.

Les limites de cette stratégie de fuite en avant, on les voit déjà avec ces volées de critiques qui fusent même lorsque les Verts gagnent sur des scores lourds. Qu’en sera-t-il demain lorsque, à Dieu ne plaise, les mauvais résultats seront de retour ?

TSA


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