Belmadi: On m’avait sollicité avant Alcaraz, j’ai dit que je viendrai quand je serais prêt »

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Dans une longue interview accordée à la Radio nationale, le coach de l’EN est revenu sur sa réussite à la tête de la sélection nationale. D’emblée, Djamel Belmadi est revenu sur les deux dernières confrontations gagnées contre la Zambie et surtout le Botswana : «On avait vraiment cet objectif de bien démarrer cette campagne des éliminatoires de la CAN-2021. J’avais la crainte de tomber dans l’euphorie de ce sacre ramené d’Egypte, chose qui n’a jamais été réalisée en dehors de nos terres. Ce bon début marque bien la transition entre la consécration et l’entame des qualifications à la prochaine CAN.»

«Je n’ai pas peur dire que nous avons eu droit à un traquenard au Botswana»
«Pour parler ce match du Botswana, je n’ai pas peur de dire que c’était un traquenard à tous les niveaux. Notamment au niveau du terrain. Je dirai qu’on a déjà vu ça un peu au Bénin et en Gambie où c’était vraiment des terrains détruits, ils étaient abandonnés depuis un sacré bout de temps tandis que celui du Botswana, on peut imaginer que si on avait travaillé un minimum, on aurait pu avoir une pelouse praticable. Donc avec un minimum de bonne intention, on aurait pu avoir une pelouse qui aurait satisfait tout le monde car tous les joueurs ont toujours envie de jouer sur un terrain praticable.»

«Même l’auteur de l’attentat sur Atal n’a pas été sanctionné»
«J’ai demandé aux joueurs de rester concentrés, il fallait faire preuve de contrôle et de concentration. Franchement, je me suis mis à la place des joueurs et j’avoue que j’avais du mal à être fixé sur le choix des chaussures le jour du match. Après, il y a eu que des agressions, dès l’entame du match. Ce n’était plus du football, et puis les arbitres, c’est terrible qu’ils ne sanctionnent pas les fautifs. Même l’attentat caractérisé en fin de première mi-temps sur Youcef Atal n’a pas été sanctionné par un carton jaune. Franchement, c’est terrible d’en arriver là.»

«Les joueurs savaient qu’il allait y avoir d’autres armes utilisées que le football»
«On avait perdu beaucoup de matchs dans un contexte pareil. Les joueurs étaient avertis, ils savaient qu’ils n’allaient pas prendre du plaisir à jouer au football. Il fallait avoir d’autres vertus. En d’autres termes, ils savaient qu’ils allaient droit vers un combat physique, vu tout ce qui a été mis en place avant, on savait qu’il va y avoir des armes utilisées autres que le football. Le combat fait partie du métier mais toujours dans les règles de l’art. Au Botswana, ça a frôlé le sport de combat, j’ai dit aux joueurs de répondre présents et de montrer une autre facette de notre caractère.»

«J’ai suivi cette sélection depuis des années, je savais où je mettais les pieds»
«On m’avait souvent sollicité pour prendre l’Equipe nationale, par la Fédération directement, plus ou moins par des gens qui sont au sein de la FAF, avant l’arrivée d’Alcaraz, mais j’avais répondu que je viendrai lorsque me sentirai prêt. Tout le suivi que j’ai pu avoir sur cette Equipe nationale, pendant des années, me permettait de croire où je mettais les pieds. J’avais gagné du temps par rapport aux autres car je connais la mentalité du pays et tout ce qui s’en suit.»

«Un an et demi avant mon arrivée, je me disais voilà ce que je ferai lorsque j’y serai»
«Un an ou un an et demi avant de prendre la sélection, j’ai expliqué tout à mon staff le travail qu’on devait faire. Ce ne sont pas des bobards, je regardais l’EN et je me disais voilà ce que je ferai lorsque j’y serai. Je connaissais la mentalité des joueurs locaux et ceux qui évoluent à l’étranger. Je savais le langage qu’il fallait utiliser avec eux.»

«Après plusieurs réunions collectives et individuelles, on devait prendre des décisions»
«On a effectué beaucoup de réunions collectives et individuelles, des prises de décisions car un sélectionneur, c’est aussi éliminer. A un moment donné, les choses ont été dites franchement, certains ont adhéré et d’autres n’ont pu le faire, c’est comme ça. C’est peut être risqué mais il fallait prendre des décisions.»

«On s‘est réunis pendant 4 heures avec les joueurs pour tout déballer et déceler le malaise»
«J’ai fait une réunion lors du premier stage le 8 ou le 9 septembre, on a parlé avec les joueurs juste après le dîner, c’était pour moi la rampe de lancement. On a discuté pendant 4 heures, je me suis permis 15 minutes pour parler vers la fin. Ils ont tout déballé. C’était  là qu’on avait fait la thérapie du groupe. C’est en fonction de cela qu’on a tracé notre programme de travail et le résultat est là, c’est cette longue dynamique de succès.»

«Certains membres de mon staff étaient choqués par les problèmes décelés»  
«Après cette réunion, Bouras, qui avait travaillé pendant une année avec les joueurs, avait l’impression de travailler pour la première fois avec eux. Pour certains membres de mon staff, ils étaient choqués. Serge Romano, qui a joué pendant des années en Ligue 1, entendait ce genre de problèmes de groupe pour la première fois. On s’est dit comment nos prédécesseurs n’avaient pas jugé utile d’écouter ces joueurs avec tous ces problèmes qui existent.»

«J’étais attristé par l’incompatibilité d’humeur qui existait entre certains cadres de l’EN»
«Pour être honnête, je n’ai pas été choqué par ce tout ce qui a été dit ce jour-là, à part quelques événements vécus et qui m’ont vraiment ému et attristé. On a atteint un niveau d’incompatibilité d’humeur entre certains cadres de l’Equipe que ça m’a réellement attristé, et je pèse mes mots.

«Je ne dirai pas que la France est raciste mais il y a une certaine forme de rejet»
«En France, nous vivons une certaine forme de rejet, comme cela se passe avec Karim Benzema et d’autres. J’ai été formé en France et il faut dire les choses clairement. Pas tous bien sûr, mais je ne dirai pas que la France est raciste mais il y a une certaine forme de rejet et d’incompréhension. On n’accepte pas la différence. Je l’ai vécu au fond de ma chair.»

«On peut ne pas être d’accord sur certaines choses mais on ne peut se haïr entre nous»
«Et là j’étais ému et triste parce que je me suis dit qu’on se retrouve en Algérie, entre Algériens, et que ce n’était pas possible qu’on puisse avoir autant de haine entre certains cadres. On peut avoir des désaccords, ne pas être sur la même longueur d’onde, mais on ne peut pas se haïr entre nous. On partage les mêmes trucs. C’est là que je me suis rendu compte que le mal était profond.»

«Je ne tire un trait sur personne, aucun joueur n’est blacklisté, ce mot est horrible»
«Je ne tire un trait sur personne, on a employé un mot une fois qui est horrible à avoir : des joueurs blacklistés, je ne blacklisterai jamais personne. A part bien entendu ceux qui se font éliminer d’eux-mêmes. Certains s’autoblacklistent d’eux-mêmes mais même comme ça, je me tais, je ne dis jamais ce qui se dit entre les joueurs et l’entraineur.»

«Je suis un binational, comment pourrais-je éliminer cette partie de joueurs !»
«Je fais partie des binationaux, comment pourrais-je éliminer cette  partie de joueurs ? Je suis né en France, Andy Delort, Spano Rahou, Bennacer et les autres, qu’est-ce qu’ils sont ? Franchement, certains veulent juste créer la zizanie. Moi je travaille dans l’intérêt de la sélection et on va continuer à chercher du sang neuf.»

«Dès ma première entrevue avec Zetchi, j’avais évoqué le retour de Belaili et de Benlamri»
«Lors de ma première rencontre avec Zetchi à Paris, on a discuté plusieurs heures. A une heure du matin, je lui pose une question sur Youcef Belaili, je voulais savoir s’il était blacklisté pour servir d’exemple aux jeunes ou un truc comme ça, le président était étonné. Il m’a dit : «Non, il n’y a rien de cela. Mais pourquoi ?» Je lui ai répondu qu’on verra cela plus tard. Aujourd’hui, c’est facile de parler de Belaili mais regardez avant le 1er juillet si son nom existait dans le football algérien. Djamel Benlamri était aussi cité dans cette réunion. C’est pour vous dire que les choses étaient préparées et panifiées.»

«Lancer Bennacer en Gambie, au Bénin ou au Togo, c’était le fracasser»
«Bennacer, avant la CAN, c’était 0 minute durant les éliminatoires. Pour un jeune, il fallait le protéger et mettre en avant des joueurs plus aguerris, avec de l’expérience. Il fallait donc du temps pour installer des joueurs comme lui dans notre équipe.»

«Slimani aime cette position de mal-aimé, il sait comment vivre avec»
«Guedioura a été sanctionné pour son match sorti contre le Bénin où il n’avait pas répondu aux attentes mais après, on a discuté à Doha et il était à la hauteur lors de la CAN. Slimani, c’est en lui, il aime cette position, il sait comment vivre avec. Critiqués, ça leur a fait mal et ils ont bien réagi.»

«Mahrez a une telle envie de donner au pays qu’il ne voulait pas échouer»
«Mahrez savait que ce qu’il avait donné au pays, il était trop peu comparé au talent qu’il possède. Au fond de lui, il avait un tel amour et une telle envie de donner pour l’Algérie qu’il n’avait aucune excuse. Il avait envie de marquer son passage en Equipe nationale, il n’avait pas envie d’échouer. Tout cela l’a emmené à parcourir 12 km dans un match, chose qu’il ne faisait pas auparavant.»

«Belaili m’a dit avant la CAN : «Cheikh, on va gagner tous les matchs et on battra le Sénégal en finale»
«Ce n’est pas le discours d’avant-match qui vous fait gagner mais plutôt l’aspect tactique et la préparation des joueurs comme Belaili par exemple qui m’a dit : «Cheikh, on va gagner tous les matchs». Au début de la CAN, Halliche avait dit qu’il voulait aller en retraite et Belaili lui a répondu : «Oui, mais pas avant moi parce qu’on va aller en finale contre le Sénégal. Il est comme ça. Contre le Botswana, il a dit qu’il allait marquer un coup franc direct. C’est ça Belaili.»

«Un président d’un club m’a offert un chèque en blanc, il m’a demandé de mettre la somme que je voulais»
«Ramener le trophée à la maison était mon objectif numéro 1. Je ne veux pas que ce sacre soit utilisé pour oublier les problèmes quotidiens du peuple. Dans une société, chacun doit exceller pour montrer de bonnes intentions et permettre au peuple de vivre heureux. Un président de club dans ma région m’a demandé de mettre la somme que je voulais sur le chèque, il est revenu après avoir essayé, il y a de cela deux ou trois mois, de me convaincre mais je n’ai pas répondu. Donc je ne suis pas là pour l’argent.»

le buteur

 


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