Un jeune défenseur Belgo-Algérien rêve de jouer en équipe d’Algérie

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Le talentueux défenseur Ahmed Touba (21 ans) a longtemps été considéré comme un grand espoir de Belgique. Mais une blessure a quelque peu freiné l’ascension de cet ex international « Diable rouge » des moins de 19 ans. Et c’est dans un championnat de second plan, à l’abri des regards, qu’il a « décidé » de se refaire une santé. Prêté au PFC Beroe Stara Zagora (D1 bulgare) par le prestigieux Club Brugge KV auquel il appartient toujours (sous contrat jusqu’au 30 Juin 2021), Touba rejoue et c’est qui compte pour le moment. Le joueur d’1m88 qui a une triple nationalité (algérienne, belge et française) ne manque pourtant pas d’ambition et sait très bien où il veut aller.

LGDF : Merci Ahmed d’avoir accepté cette interview. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Ahmed Touba : Je vous remercie aussi de me donner la parole et de me faire connaitre un peu plus au monde du football algérien, via votre média. Je m’appelle Ahmed Touba, je suis un jeune footballeur de 21 ans, d’origine algérienne. J’appartiens au Club de Bruges, mais je suis prêté actuellement en Bulgarie. Je joue comme défenseur dans le club de D1 bulgare PFC Beroe (cela se prononce Béroé).

De quelle région es-tu originaire et quelle relation as-tu avec l’Algérie ?

Je suis originaire de Biskra, dans le sud algérien. J’y allais très souvent en vacances avec ma famille. Des fois, on restait plus longtemps que les vacances scolaires puisqu’on restait plusieurs mois. J’ai beaucoup de famille là-bas, j’ai grandi avec mes cousins du bled. Je suis très attaché à ma région.

Tu es né en France et pourtant tu vis en Belgique. Comment cela se fait-il ?

Effectivement, je suis né à Roubaix, dans le nord de la France. Avec le temps, ma famille a déménagé en Belgique et c’est en Belgique que j’ai commencé à jouer au football.

On reste dans le football algérien, suis-tu le football de notre pays ?

Comme tout Algérien, je suis attentivement l’Équipe nationale. A chaque match, toute la famille est toujours devant la télévision. Par contre les clubs et le championnat, je ne suis pas. Puisque je suis originaire de Biskra, mon club de cœur est l’US Biskra. Quand je vais à Biskra, je vois beaucoup de personnes avec les maillots  « Vert et noir » mais je n’ai jamais été voir un match au stade.

« J’ai été formé sur le côté gauche mais mon coach en Bulgarie me fait jouer en défense centrale. Ce poste me convient d’autant que j’ai le gabarit ! »

Parlons d’Ahmed Touba le footballeur, quel est ton poste de prédilection ?

J’ai été formé sur le côté gauche du jeu. J’ai commencé sur l’aile gauche puis à Bruges, les différents coachs m’ont fait descendre arrière gauche. Par contre, cette année, mon coach en Bulgarie me fait jouer en défense centrale, côté gauche. Le même positionnement que Benlamri en Équipe nationale. Je n’y avais jamais joué auparavant, mais je commence à apprécier ce poste. D’autant plus que j’ai le gabarit pour ce poste (NDLR : 1m88). C’est une bonne évolution pour le moment.

Quel est ton parcours en club ?

J’ai joué avec beaucoup de clubs quand j’étais jeune. Par exemple, j’ai joué à Tournai, à  Mouscron et au Standard de Liège. Après cela, je suis parti en France où j’ai joué dans les équipes de jeunes à Valenciennes. Finalement, je suis revenu en Belgique, à Bruges, où j’ai signé en U17. Depuis, j’ai joué en réserve du Club de Bruges et à 19 ans, j’ai signé professionnel ( NDLR : 8 matchs en Jupiler Pro League et 9 matchs en 2ème division belge avec OH Louvain avant de partir en Bulgarie).

Aujourd’hui, tu joues en Bulgarie, en Division 1. Comment cela se passe pour toi ? Quels sont tes objectifs avec ton club ?

Dans l’ensemble tout se passe bien, mais c’est tellement différent sur tous les plans : niveau de jeu, langue, le pays, les stades, l’engouement… Tout est différent. Il faut s’adapter et s’acclimater. Concernant le football, j’ai commencé en retard avec mon club parce que j’ai dû attendre mes papiers. J’ai raté les 3 premières semaines. Quand j’ai tout eu, j’ai vite enchainé. J’ai commencé par un match de coupe et depuis je tiens ma place de titulaire. Actuellement, nous sommes 6ème ex-aequo du championnat. Avec des renforts lors du mercato d’hiver, on vise une place européenne, derrière les gros clubs de Sofia ou Ludogorets. On devrait avoir une équipe qui pourrait y prétendre. Maintenant le championnat bulgare est un peu bizarre car on peut très bien gagner contre un gros morceau et perdre contre une petite la semaine suivante. Il y a beaucoup d’équipes prétendues « petites » mais qui sont très accrocheuses.

« Je n’ai pas choisi d’aller en Bulgarie, c’est mon club belge qui a décidé de m’y prêter… Ma blessure à la hanche a freiné mes ambitions »

Pourquoi avoir choisi la Bulgarie ?

On va dire que ce n’est pas moi qui ai choisi d’y aller mais le mercato a choisi pour moi. Je veux dire par là que les opportunités de prêts ne sont pas toujours faciles. J’avais des offres mais ce n’est pas toujours le joueur qui décide car le club a son mot à dire. Il faut des accords financiers entre les clubs. Des fois notre club ne veut pas d’un tel ou tel club parce qu’il a une crainte que tu réussisses dans ce club et donc ne plus revenir. C’est pour cela que je dis que c’est le mercato qui a choisi pour moi. De plus, en Bulgarie, j’ai un ami, ancien joueur connu d’Anderlecht, qui y joue. Il m’a raconté tout le bien qu’il pensait du championnat bulgare. Donc j’ai accepté l’offre de Beroe.

Aujourd’hui tu es dans ce club, tu t’y sens bien ?

Oui hamdoulillah, je me sens bien. Je joue et j’enchaîne les matchs. C’est le plus important pour moi pour l’instant. J’ai joué une dizaine de matchs, coupe comprise. J’ai joué les 90 minutes à chaque fois. Je suis titulaire en défense. C’est le principal pour moi.

Vu ton parcours en Belgique et en équipe de jeunes, tu étais prédestiné à un grand avenir. Aujourd’hui, avec tout le respect qu’on doit à la Bulgarie, on te retrouve dans ce championnat. Que s’est-il passé ? Pourquoi tu n’as pas réussi à passer ce palier pour te retrouver dans une équipe plus huppée ?

Effectivement, j’étais bien lancé dans le processus d’une bonne carrière. J’ai beaucoup joué dans différents clubs connus, j’ai signé professionnel assez tôt et je jouais dans un grand club en Belgique, qui est le Club de Bruges. Avec ce club, j’ai joué les 5 derniers matchs des play-offs, j’ai commencé à être connu. J’ai même eu des contacts avec les sélections nationales belges et algériennes. Mais j’ai eu une blessure à la hanche, il y a près de 2 ans, qui m’a éloignée des terrains pendant 4 mois. J’ai été opéré. Quand on est jeune avec seulement 5 ou 6 matchs à haut niveau, ce n’est pas comme si j’avais fait 30 ou 40 matchs. A mon retour, il fallait pratiquement tout reprouver. Il fallait que je reprenne à zéro. D’autant plus que mon équipe a été championne de Belgique sans moi. Je n’ai joué que 5 matchs dans la saison. C’était difficile à vivre.

Comptes-tu revenir à Bruges, ou en Belgique plus généralement ?

Oui bien sûr. Je suis encore sous contrat avec ce club. On va avoir des discutions sur mon avenir d’ici 2 à 3 mois. Il y a beaucoup de possibilités. Soit je continue avec eux si on s’entend bien, sinon je ne ferme pas la porte à un départ.

S’il y a un départ, dans quel championnat tu te sentirais le mieux ?

Tous les joueurs sont attirés par les grands championnats, qu’ils soient anglais, français, espagnols ou italiens. Maintenant je ne vais pas m’avancer pour choisir un championnat en particulier car je n’en connais aucun de cela. Aujourd’hui je ne connais que deux championnats : belge et bulgare. Je m’y plais bien. Alors s’il faut continuer dans le belge, par exemple, j’en serai tout aussi heureux.

« J’ai été dans les équipes U17, U18 puis U19 de la Belgique. Mais depuis ma blessure, je n’ai plus été appelé … »

Parlons de la sélection nationale, tu as joué dans les sélections de jeunes belges ?

En effet j’ai été dans les équipes U17, U18 puis U19 belges mais depuis ma blessure, je n’ai plus été appelé par la Fédération belge. Mais depuis l’enchainement des matchs ici en Bulgarie, j’ai entendu que si je continuais comme ça, je pourrais être rappelé en sélection U21 belge au mois de mars prochain.

Tu as une triple identité, belge, algérienne, mais aussi française. Tu n’évoques pas ce côté français. La sélection française ne t’intéresse pas ?

Je ne l’évoque pas, parce que je n’y suis pas intéressé. Effectivement, je suis né à Roubaix en France, mais je ferme totalement la porte à l’Équipe de France.

Abordons donc, ton autre identité, l’algérienne. A un moment de ta carrière, tu as été contacté par la Fédération algérienne de football, raconte nous comment cela s’est passé…

Le premier contact a eu lieu par téléphone. C’était via un intermédiaire de la Fédération algérienne. Il m’a demandé si j‘étais intéressé par la sélection algérienne. Ma réponse est nette : en tant qu’Algérien, bien sûr que je suis intéressé. Par la suite, ce fût Hakim Medane (NDLR : ex-Manager général de l’EN) qui m’a contacté. Il m’a dit que mon profil plaisait au sélectionneur algérien de l’époque, Lucas Alcaraz. J’étais très content et très fier à l’idée d’intégrer l’équipe d’Algérie. On se donne rendez-vous 15 jours plus tard. Mais entre-temps je me blesse et le rendez-vous est annulé.

« La suite logique c’est d’intégrer l’équipe espoir belge… mais mon objectif principal c’est l’Algérie ! »

Au retour de ta blessure, as-tu eu d’autres contacts avec la FAF ?

Je n’ai pratiquement plus eu de contact entre le moment où je me blesse et mon retour. Les seuls contacts, que j’ai eu, étaient deux ou trois messages de Medane par rapport à mon prêt en Bulgarie. Sinon il y a toujours des personnes qui me parlent de l’équipe d’Algérie, parce qu’eux continuent de me suivre. Mais il n’y a rien de concret. Le plus important pour moi est de continuer à enchainer les matchs. De toute façon si je ne joue pas, aucune sélection ne se tournera vers moi. Je sais que j’ai deux possibilités aujourd’hui, la Belgique ou l’Algérie. Je verrais dans un futur proche.

Certes, tu as deux choix, mais aujourd’hui, concrètement, vers quelle sélection penches-tu ?

Il est clair que la suite logique, après avoir joué chez les U17, U18 et U19 belges, est d’intégrer l’équipe espoir belge. Mais mon objectif principal est de jouer pour l’équipe nationale algérienne. Je sais qu’à mes postes il y a des titulaires indiscutables, qui font très bien leur travail. Mais je sais aussi que Belmadi est à la recherche de doublures. En cas de blessures, il aura besoin d’autres joueurs. Je me prépare donc à être prêt dans ce contexte-là.

Tu dis que tu as encore eu quelques contacts avec l’ex-manager des Verts Hakim Medane lors de ton départ en Bulgarie. Que t’a-t-il dit ?

Il m’avait félicité de vouloir me relancer et de ne pas rester inactif. Il avait ajouté, et je suis d’accord avec lui, qu’il vaut mieux jouer que de rester sans compétition.

En Bulgarie, il y a eu d’autres joueurs algériens qui y ont joué, comme Iliès Hassani et Raïs M’Bolhi. Est-ce que les Bulgares te parlent de Raïs ?

Oui, bien sûr. J’ai un coéquipier qui a joué avec lui au CSK Sofia. Il m’en parle assez souvent (rire). Il a laissé son empreinte là-bas.

« Bounedjah, c’est un vrai guerrier lui. Il m’a vraiment impressionné durant la CAN 2019 »

Je suppose, comme tout Algérien, que tu as suivi la CAN 2019 en Égypte. Quel est ton ressenti après ce sacre ?

J’ai regardé tous les matchs de l’Algérie à Roubaix. Comme ce n’est pas loin de la frontière, je traversais et j’allais rejoindre mon oncle installé là-bas. Je partais dans les cafés algériens de Roubaix parce que je peux vous dire que dans ces cafés, ce n’est plus la France. C’est comme si on se trouvait en Algérie par l’ambiance qui y règne. Il y a les chants, les danses, la façon de suivre les matchs, c’est vraiment comme en Algérie. En plus de cela, l’Algérie a gagné tous ses matchs, donc c’était à chaque fois la fête. Ce sont des moments inoubliables. Un grand moment de fierté.

Qui a été pour toi le meilleur joueur algérien ?

Je peux dire sans me tromper que si on prend chaque ligne de l’équipe, chaque joueur peut être considéré comme le meilleur du tournoi, tellement tous les joueurs ont donné tout ce qu’ils avaient à chaque match. Belaili a été super bon, Benlamri en défense a été extraordinaire. Mais s’il faut me mouiller, je dirai Bounedjah : c’est un vrai guerrier lui. Il m’a vraiment impressionné.

Dernière question, en septembre 2016, le Club Bruges et toi avaient rencontré le Leicester City de Riyad Mahrez en Ligue des Champions UEFA. Tu étais sur la feuille de match ? Tu l’as rencontré ? Vous aviez discuté ?

Non, en fait je n’étais pas sur la feuille de match (NDLR : il a joué contre Leicester City en Youth League avec les jeunes),  je n’avais pas encore débuté avec l’équipe première. Pour l’anecdote, j’étais en tribune avec des amis algériens qui portaient le maillot de Mahrez. Ce jour-là, il avait marqué un doublé et on avait célébré ses buts par des cris de joies. On avait pris cher par les supporters de Bruges (rires).

la gazette du fennec

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